Embarquez pour une croisière arctique au Svalbard

En juillet 2026, en pleine canicule en France, nous rejoignons Longyearbyen, la capitale du Svalbard. Nous sommes à 78°13’N de latitude nord, environ 1000 km du pôle nord. L’archipel du Svalbard s’étend sur près de 62 000 km² en mer de Barents, l’une des plus riches du monde. Nous embarquons pour 12 jours de croisière sur un voilier.

Le bateau

Nous atterrissons entre la montagne et la mer à Longyearbyen, la capitale la plus septentrionale du monde, dans ce petit aéroport de bout du monde. Nous sortons rapidement, il fait 10°, et nous prenons un bus pour aller à la marina. Un bus en or : 3,5 km – 10€ !
Je précise que le Svalbard est un territoire international géré par la Norvège, ce qu’on ne sait pas en général.

Notre bateau ©La Petite Aventure

C’est la fin de journée et nous sommes les derniers passagers à monter à bord de l’Aztec Lady. Nous sommes 10 voyageurs, le capitaine, Marin et deux équipiers, Marie et John.
Notre bateau est de construction anglaise et date de 1977, 21 m de long et 6 m de large. L’intérieur est très cosy. Il a connu différents propriétaires et péripéties. En 2004, alors sous pavillon hollandais, il est arraisonné par les douanes françaises au large de Boulogne qui trouvent à son bord plus de 10 tonnes de résine de cannabis ! En 2011, il bat pavillon français et reprend la mer. Depuis 2016, il appartient à un armateur normand et Aztec Lady effectue tous les ans 9 mois de navigation en Arctique. Aujourd’hui, à chaque saison, le navire quitte la Bretagne chargé de 6 tonnes de nourriture et de matériel. Dans chaque rangement du navire, est stocké du jambon de montagne, du fromage et toutes les vivres nécessaires pour ce long périple, c’est un vrai supermarché sur l’eau, il y a tout à bord !

Vie à bord ©La Petite Aventure

Dès notre montée, nous sommes briefés sur la sécurité à bord et très rapidement nous appareillons.
C’est parti pour la découverte de ce monde arctique, très différent de nos aventures en Afrique. Le bateau part plein nord pour une navigation de nuit. De nuit, tout est relatif, car il ne fait jamais nuit à cette époque de l’année.
Le temps est nuageux et la mer agitée. Pour cette première nuit, nous sommes bercés par le bruit du moteur et le roulement du bateau dans les vagues. Quand nous montons dans le carré pour le petit-déjeuner, nous arrivons à l’entrée de la baie du Roi.

La baie du Roi

La baie du Roi est notre premier fjord avec des glaciers et ce ne sera pas le dernier ! À l’entrée se situe Ny-Älesung une base scientifique. Nous sommes accueillis par une baleine à bosse, deux rorquals et quelques macareux en vol avec au fond nos premiers glaciers, le spectacle est grandiose.
Après un bon déjeuner, nous débarquons à bord du zodiac pour rejoindre la terre. Nous foulons nos premiers pas sur la moraine du glacier. La moraine, c’est un amas de débris rocheux, érodé et transporté par le glacier ou une nappe de glace. Autant vous dire, qu’il faut de bonnes chaussures de marche pour avoir un appui sur.

Glacier de l'arctique ©La Petite Aventure

Avant le débarquement, l’équipier qui nous accompagne à terre doit vérifier qu’un ours n’est pas dans les parages. Aussi, il monte sur les hauteurs pas loin pour vérifier que tout est clair. Une fois tout le monde débarqué, on doit rester ensemble au cas où. Notre guide du jour est armé, a suivi une formation et s’est entraîné au tir à Longyearbyen. Nous pouvons donc en toute sécurité nous balader.

Sortie en zodiac ©La Petite Aventure

Nous marchons dans une tourbière parsemée de lichens et de petites fleurs. Nous croisons quelques rennes. Cette sortie est marquée par la rencontre avec un lagopède. Nous le dérangeons alors que ses œufs sont posés à même le sol pas loin. Il se met à piailler, à doubler de volume et part en direction opposée de ses œufs pour nous en éloigner. Manœuvre de diversion réussie car nos regards sont braqués sur lui et nous le suivons.

Lagopède ©La Petite Aventure
Balade dans les moraines ©La Petite Aventure

Retour à bord et nous allons mettre l’ancre devant le glacier de Blomstrandbreen. Nous sommes hypnotisés par cet amas de glace qui vêle. Les bruits sont incroyables tout autant que les dégradés de couleurs. Nous sommes avec des combinaisons grand froid, très sexy il faut l’avouer mais indispensables pour rester longtemps sur le pont. Il fait entre 0° et 2°.

Beauté du glacier ©La Petite Aventure

Et la surprise du jour est sur l’île de l’autre côté du bateau : une maman ourse et son petit se promènent. Nous arrivons à les suivre à la jumelle mais malheureusement, nous sommes assez loin, environ 400m, alors pour l’observation c’est plus délicat. Les règles sont très strictes ici.
Remarquez sur la photo, le petit qui est sur ses pattes arrière. 

Femelle ourse et son petit ©La Petite Aventure

La baie de la Croix

Nous arrivons dans ce fjord en fin de journée, nous devions aller direct tout au nord mais un coup de vent est annoncé et nous venons donc mouiller ici à l’abri. Pour passer d’un fjord à l’autre, nous avons déjà essuyé une belle houle !
L’arrivée dans le fjord est différente, de grandes montagnes noires très austères tombent direct dans l’eau de chaque côté. Le ciel est gris et menaçant, des rafales de vent forment des moutons sur la mer, l’ambiance est dantesque.

L'entrée de la baie de la Croix ©La Petite Aventure
Le temps change vite au Svalbard ©La Petite Aventure

Notre capitaine Marin nous conseille de bien caler nos affaires dans nos cabines car cela va secouer un peu cette nuit. Nous mouillons à un endroit un peu protégé. Le fond est de 25 mètres, la chaîne mise est de 100 mètres, ce qui permet au bateau de bouger au gré du vent.
Après un bon dîner, chacun part se blottir dans sa cabine. Le vent souffle dans les haubans, le bateau grince et se couche par moments. Bercés par ces éléments agités, nous dormons à poing fermé. Il faut réussir à se laisser aller avec le mouvement du bateau, ce que j’arrive très bien à faire !

Le matin, l’équipage a de petits yeux car ils ont surveillé le mouillage et la météo toute la nuit… Le vent a soufflé entre 40 et 50 nœuds (75-95 km/h). Ce matin, il pleut et la visibilité est mauvaise. Une éclaircie est prévue en fin d’après-midi. En attendant, chacun s’occupe : lecture, écriture, photo…
Le bateau va s’ancrer quelques mètres plus loin devant le glacier et nous avons donc un bon film à regarder. Les couleurs du gris au blanc, du bleu clair au foncé, les rares apparitions d’un peu de lumière donnent des tons nuancés. Le bruit, la glace qui craque, qui tombe, les oiseaux qui volent tout près pimentent l’observation du glacier.

En fin de journée, l’éclaircie annoncée est là, c’est-à-dire qu’il ne pleut presque plus et nous nous équipons pour sortir. Bottes et vestes chaudes de pluie sont nécessaires.
Notre petite équipe est contente de mettre le nez dehors. Nous observons un phoque perchée sur un rocher. Avec ce soleil qui ne se couche jamais, on peut partir en rando à 20 h sans problème, il fait toujours grand jour !
Au début c’est un peu déroutant, mais heureusement l’équipage essaye autant que possible de garder un rythme et des horaires fixes. Nos cabines sont bien placées dans la cale du bateau, donc avec moins de lumière, et nous avons un hublot que l’on peut fermer pour faire la nuit.

Phoque du Svalbard ©La Petite Aventure

Le Nord du Svalbard

Nous prenons la route pour le nord du Svalbard, le temps est mauvais et la houle bien formée. Une belle navigation de 7 heures que nous avons passé sur le pont, d’où nous avons pu observer les sept glaciers qui longent la côte. Les couleurs vont du noir au bleu marine tout en dégradé. Nous atteignons notre point le plus au nord : 79.51.21.7.

Quelques uns des sept glaciers ©La Petite Aventure

Le lendemain, la météo est plus clémente et un grand ciel bleu est présent. Les couleurs sont bien différentes et la lumière est incroyable.
Nous passons 3 jours entre les baies d’Hamilton, de la Madeleine et le glacier de Ssmerenburbbreen. Quand la glace se détache, elle s’éclate en milliers de fragments qui forment une « soupe », nous naviguons donc entre ces glaçons d’eau douce. Chaque soir, nous ramassons un petit morceau de glace millénaire qui nous sert pour l’apéro. À cette période, juillet, il n’y a plus de morceaux de banquise (la mer qui gèle à partir de -1,7°) car elle a fondu, elle se reforme en septembre.

Sous le soleil de l'Arctique ©La Petite Aventure
Navigation entre les glaçons ©La Petite Aventure

Ces morceaux de glace ont des formes toutes biscornues façonnées par la mer, le vent et la pluie. Leurs couleurs bleues sont souvent très belles, elles sont liées à l’eau qui les constitue et qui prend les rayons bleus de la lumière. Le bleu est d’autant plus prononcé que la glace est compressée.
Chaque glaçon, même petit, qui tape dans la coque en acier, fait un bruit assourdissant, et la nuit c’est encore plus impressionnant.

Formes des glaçons ©La Petite Aventure
En équilibre sur un glaçon ©La Petite Aventure

Pour avancer plus facilement au milieu de ces blocs de glace, il faut réussir à coincer un gros morceau devant l’étrave du bateau et cela fait ainsi un chasse-neige, ici chasse-glaçons, pour ouvrir une route pour naviguer en toute sécurité.
Le temps est idyllique et nous déjeunons dehors à l’arrière du bateau, c’est l’été ! Il faut en profiter car ici la météo, c’est comme en Bretagne, cela peut vite changer et on a les 4 saisons dans une même journée.

Déjeuner sous le soleil ©La Petite Aventure

Sortie en zodiac dans l'arctique

Nous partons explorer en zodiac l’un de ces fjords du nord. Même si le soleil est là, nous sommes équipés de combinaisons grand froid qui nous permettraient de survivre quelques minutes dans l’eau à 2°. Une belle balade qui permet d’approcher d’encore plus près un glacier. Nous sommes tout petits dans notre embarcation au pied de ce géant. Nous assistons à un gros morceau qui se détache, le bruit est impressionnant et c’est surtout l’onde de choc qui nous parvient quelques minutes après et qui forme une grosse houle. En zodiac, on ne fait pas trop les malins !  

Sortie en zodiac ©La Petite Aventure
Bout de glacier qui tombe ©La Petite Aventure

Nous observons aussi de nombreux oiseaux : sternes arctiques, guillemots de Brünnich, mergules nains, mouettes tridactyles, pétrel fulmar… Un jeune morse posé sur son glaçon. Un renard arctique. Un renne. Des oies bernaches, on se demande si ce sont celles qui viennent en Bretagne l’hiver… La faune est très présente.

Bernaches dans l'Arctique ou en Bretagne...©La Petite Aventure

Sartangen

Il est temps pour nous de quitter ce bout extrême de l’Arctique et de reprendre la route du sud. Ces glaciers, cette immensité austère et hostile créent une ambiance particulière qui est fascinante. Je passerai des heures à observer les glaciers, cet amas de glace qui bouge, qui craque depuis des millénaires est juste incroyable. Ce désert arctique, comme tout désert, est envoûtant.

Jeune morse ©La Petite Aventure

Sur notre route du retour, nous faisons halte pour observer une échouerie. Une colonie de morses a élu domicile sur le banc de sable entre la côte et l’île de Prins Karls Forland. Ils sont une trentaine collés serrés sur le sable, nous pouvons les approcher de près sans les perturber. La règle est de ne pas être entre eux et la mer. Quelques-uns sont dans l’eau et viennent nous observer, ils sont très curieux. On ne sait plus qui observe qui !
L’un d’eux sort de l’eau et en roulé-boulé rejoint ses compagnons. Cela lui demande un gros effort, il pèse jusqu’à 1,5 tonne, et c’est assez comique à voir.

Échouerie de morses ©La Petite Aventure

Nous reprenons la mer pour le chemin du retour, nous sommes accompagnés par une centaine de bélugas (ou baleines blanches). C’est juste magique.
Nous faisons une dernière halte à l’entrée du fjord Isfjorden à Barentsburg. C’est une ville minière russe. Une petite communauté de 400 personnes vit toujours de la mine qui a finalement un certain charme. On se balade dans la petite ville et c’est un bond en arrière de 50 ans, surtout quand en remontant une des deux rues principales nous rencontrons le buste géant de Lénine…

Bélugas ©La Petite Aventure
Barentsburg ©La Petite Aventure

En fin de journée, nous accostons au ponton à Longyearbyen. Notre croisière arctique se termine. Nous avons parcouru 250 000 miles. Chaque jour, on est descendu à terre pour une rando de 6-7 km. Nous avons eu de belles navigations avec un temps typique du Svalbard. Cette terre hostile regorge de vie sur l’eau et dans l’eau. Les heures de navigation permettent d’oublier tout, de se ressourcer, de méditer. 
J’ai beaucoup aimé ce milieu hostile et rude.

Le photographe ©La Petite Aventure

Pour compléter cet article, vous pouvez aussi lire celui consacré uniquement à la faune de l’Arctique.

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